couverture du livre : Fontainebleau, Mille ans d'histoire de France


Genre : Histoire de...
Parution : 11 avril 2013
PRIX public TTC : 22,90 €
Nombre de pages : 448 pages
ISBN : 9791021000995
Droits à l'étranger : Disponible

«Fontainebleau Mille ans d'histoire de France" de Thierry Sarmant et Jean-François Hebert»

Thierry SARMANT, Jean-François HEBERT

Dans Valeurs Actuelles - 22/28 août 2013


Fontainebleau, demeure des rois

 

Le château s'inscrit dans le temps. En nous en retraçant l'histoire, Jean-François Hébert et Thierry Sarmant relatent, avec une belle érudition, celle de la France.

Pour préparer sa visite.

 

Une forêt, celle de Bière, pauvre mais giboyeuse, mosaïque de feuillus, de sable et de landes d'où surgissent d'étranges rochers ; une fontaine, Bliaud ou Belleau, qui donne naissance à un ru ; un vallon évasé où, depuis le Moyen Âge, prospère le petit village d'Avon : voici le décor où, dès le XIe siècle, lorsque le Gâtinais fut réuni au domaine royal en 1068, les Capétiens bâtirent un château, un haut donjon carré sans contreforts. Pourtant ce n'est qu'en 1137, lorsqu'une charte de Louis VII le jeune mentionne pour la première fois cette demeure royale, que Fontainebleau entre dans l'Histoire. Quelque trente ans plus tard, un document parle de palatium, une résidence importante ; puis une chapelle, placée sous l'invocation de la Vierge et de saint Saturnin, y est installée. Désormais Fontainebleau ne quittera pas l'histoire de France et deviendra « la vraie demeure des rois, la maison des siècles », selon le mot de l'un de ses hôtes les plus illustres, Napoléon Ier.

Bizarrement, peut-être parce qu'il ne doit rien à Paris, à la différence de Saint-Germain-en- Laye ou de Versailles, le château de Fontainebleau, avec ses 1530 pièces déployées au cœur de 130 hectares de parc et jardins, n'attire pas les foules : 450 000 visiteurs en 2012 contre plus de 6 millions à Versailles ! Comme pour répondre à cette adjuration d'Anatole France qui écrivait en 1889 : « Je supplie tous mes compatriotes d'aller passer une journée dans ce palais dont les souvenirs marquent la continuité de l'esprit français à travers tous ces régimes qu'une illusion nous montre opposés entre eux, mais qui, en réalité, sortent naturellement, nécessairement, l'un de l'autre. Ils s'en iraient de là, j'en suis sûr, dans un heureux état d'esprit, aimant leur temps qui est ingénieux, inventif, tolérant, spirituel, et respectant les vieux âges et leur fécondité magnifique. »

Préparer cette visite en compagnie de Jean-François Hébert et Thierry Sarmant, conservateur en chef au musée Carnavalet, est un plaisir. Style fluide et réjouissant, derrière lequel se cache une érudition impeccable qui leur permet de mesurer, à travers ce lieu unique, comment s'exprime le pouvoir qui s'y installe, comment il y vit tantôt dans l'intimité, tantôt en représentation. Les images célèbres, celle de François Ier entouré de ses artistes italiens qui répandent les nus féminins sur les murs des galeries ou celle des adieux de Napoléon à ses grognards dans la cour du Cheval-Blanc, côtoient celles qui le sont moins : c'est au château de Fontainebleau que Saint Louis fit le vœu de partir en croisade, que François Ier reçut Charles Quint, que Louis XIV signa la révocation de l'édit de Nantes et que Louis-Philippe échappa à une tentative d'assassinat.

Au long de son histoire, Fontainebleau, qui baigne dans une atmosphère poétique, liée à la forêt et à la chasse, maintint une double identité : maison de plaisir et résidence de représentation. Plus qu'à Versailles, la Cour y plonge ses racines dans un terreau riche et profond. Fontainebleau s'inscrit dans le temps. Il est l'œuvre d'une longue sédimentation, comme la monarchie et la France elles-mêmes.

 

Frédéric Valloire



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