couverture du livre : Bill et Hillary Clinton. Le mariage de l'amour et du pouvoir


Genre : Biographie
Parution : 2 octobre 2014
PRIX public TTC : 21,90 €
Nombre de pages : 384 pages
ISBN : 9791021001329
Droits à l'étranger : Disponible

«INTERVIEW - Thomas Snégaroff»

Thomas SNÉGAROFF

Article dans TF1 news le 02/10/2014


INTERVIEW - Thomas Snégaroff, auteur d'un livre sur le couple Clinton, explique à MYTF1News que la naissance de son 1er petit-enfant donne à l'ancienne First Lady une nouvelle corde à son arc en vue de la présidentielle 2016.

Enseignant à Sciences Po et directeur de recherche sur lesEtats-Unis à l'Institut des relations internationales et stratégiques, Thomas Snégaroff est l'auteur de Bill etHillary Clinton, le mariage de l'amour et du pouvoir(Editions Tallandier).

MYTF1News : La naissance de Charlotte, le premier petit-enfant du couple Clinton, s'apparente à une belle aubaine médiatique pour Hillary en vue des primaires.

Thomas Snégaroff : Tout à fait. Elle tombe au bon moment pour occuper le terrain. Après un début sur les chapeaux de roue, la campagne d'Hillary Clinton marquait un peu le pas. Mais, au-delà, sur le fond, cette naissance est très importante pour l'image d'Hillary. Elle a souvent été perçue comme dure, froide, distance et cassante. Cette petite-fille va lui permettre d'adoucir cette image négative, en déclenchant de l'empathie pour la grand-mère qu'elle est désormais.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, son âge (ndlr : elle aura 69 ans en 2016) ne sera donc pas un handicap pour cette présidentielle. Les Américains ont en effet peur de l'avenir en raison des difficultés économiques. Ils ont besoin d'être rassurés. Si elle se débrouille bien, Hillary Clinton peut incarner cet aspect rassurant.

MYTF1News : Votre livre est sous-titré "Le mariage de l'amour et du pouvoir". Depuis le début de la carrière de Bill, dans quelle mesure l'intérêt politique a-t-il pris le pas sur l'amour dans le couple Clinton ? 

T.S. : C'est très difficile à dire. C'est un vrai couple qui s'aime d'un amour sincère, cela ne fait aucun doute. Mais cet amour est cimenté par la conquête du pouvoir. C'est à la fois par amour et pour favoriser la carrière politique de Bill Clinton -et la sienne- qu'Hillary a fait de nombreux sacrifices, comme aller s'installer dans l'Arkansas ou abandonner ses convictions féministes quand elle a accepté de l'épouser puis de prendre son nom. C'est aussi par amour qu'Hillary a pardonné à Bill ses infidélités, auxquelles elle n'a jamais cru, en niant l'évidence. Elle est sortie de ce déni que très tard dans l'affaire Lewinsky 


MYTF1News : Justement, Hillary n'a-t-elle pas alors pardonné à Bill toutes ses liaisons uniquement par intérêt politique ?
T.S. : Non, c'est avant tout l'héritage de ses valeurs. Elle a été élevée dans l'idée qu'un couple ne divorce pas. Après la naissance de Chelsea en 1980, alors que Bill débutait sa carrière politique, elle a donc décidé que jamais cette fille ne serait l'enfant d'un couple divorcé. Plus globalement, dans son esprit, un divorce est un échec personnel. Par ego et par amour-propre, il était donc hors de question de divorcer. Quant aux infidélités, elle a trouvé à Bill des circonstances atténuantes remontant à l'enfance. Il faut noter que son image, très négative dans l'opinion publique, a justement changé à la fin des années 90 après ce pardon. 

 

"Aucun problème pour avoir l'investiture démocrate" 

MYTF1News : Revenons aux joutes actuelles. En 2004, où elle ne s'est pas présentée alors qu'elle était pressentie, puis surtout en 2008, où elle été battue aux primaires démocrates par Barack Obama, Hillary Clinton a laissé passer le train de la Maison-Blanche. Deux ans avant l'échéance, la voilà favorite pour 2016. Qu'est-ce qui peut l'empêcher de devenir la 1re femme présidente des Etats-Unis ? 

T.S. : Pour décrocher l'investiture du parti démocrate, elle n'aura aucun problème. Elle n'a aujourd'hui aucun adversaire potentiel, cas unique en dehors des présidents sortants. Cela lui permettra d'ailleurs de dépenser peu lors des primaires et de garder l'argent pour la suite. 

Je pense qu'elle a vraiment toutes les cartes en mains. Comme nous le venons de le voir, son âge sera paradoxalement un atout. Contrairement en 2008, elle n'aura pas non plus besoin d'effacer sa féminité pour assoir sa stature de "commandant en chef". Celle-ci a été acquise grâce aux quatre ans passés comme ministre des Affaires étrangères au Secrétariat d'Etat. Elle devra cependant gérer aussi quelques problèmes.

 

MYTF1News : Lesquels ?

T.S. : Tout d'abord, comment pourra-t-elle incarner une réelle vision d'avenir, une certaine fraîcheur, comme ce fut le cas d'Obama en 2008, alors que les Américains savent tout d'elle ? Ensuite, beaucoup d'Américains se disent prêts aujourd'hui à voter pour elle car c'est une femme. Cela peut être un danger car cela ne touche pas au fond de son programme. Enfin, même si elle est désormais beaucoup plus dans le consensus que dans le combat, elle reste encore détestée par une partie de la droite américaine (ndlr : qui la considère comme "liberal", au sens américain du terme, donc "très à gauche"). Dans une récente enquêtée, 40% des sondés ont ainsi affirmé qu'ils ne voteraient jamais pour elle. Cela réduit d'autant son potentiel d'électeurs. 

MYTF1News : Plus globalement, c'est assez rare d'avoir plusieurs chances aux Etats-Unis. Comment expliquer qu'Hillary soit toujours là, qui plus est à son âge ?

T.S. : Les Américains aiment le story-telling et qu'on leur raconte des histoires. Là, il y a évidemment une histoire avec Hillary Clinton. Elle fut la première First Lady à devenir sénatrice. Elle est la femme du "come-back kid", le surnom donné à Bill dans les années 80 après qu'il a regagné son siège de gouverneur de l'Arkansas. Il y a évidemment aussi l'histoire de son couple. Enfin, les Américains veulent écrire l'Histoire et prouver que leur pays change. Ils en ont la possibilité en envoyant Hillary à la Maison-Blanche, où elle serait donc la première femme à s'installer dans le Bureau ovale.


MYTF1News : En 2008, Bill avait été très présent, voire trop, pendant la campagne. Que peut-on attendre de lui en 2016 ? 
T.S. : C'est le joker d'Hillary, s'il est utilisé à bon escient. S'il se montre trop, il pourrait l'affaiblir. Mais dans l'ensemble, elle devrait tirer bénéfice de sa popularité. Dans l'esprit des Américains, Bill reste le président de l'"âge d'or économique" du pays. En votant pour Hillary, certains pourraient être tentés inconsciemment de lui offrir un troisième mandat. Surtout, Bill est une machine à lever des fonds. Or l'argent reste le nerf de la guerre de la politique américaine.

 

"Une bataille plus serrée que les sondages ne le prédisent"

 

MYTF1News : Dans votre livre, vous écrivez "l'ambition de l'un, c'est le sacrifice de l'autre". Quel sera le sacrifice de Bill cette fois ? 

T.S. : Sa fondation (ndlr : la fondation Clinton est une fondation à but humanitaire). Il devra la mettre en parenthèses pour éviter les conflits d'intérêts si Hillary entre à la Maison-Blanche. Et il devra arrêter ses conférences où il se fait payer très cher.

MYTF1News : Pour finir, votre pronostic pour cette présidentielle 2016 ?
T.S. : Pour l'investiture démocrate, Hillary Clinton. Pour la Maison-Blanche, cela dépendra de son adversaire du parti républicain. Mais une chose est sûre : la bataille sera beaucoup plus serrée que ne le disent les sondages, quel que soit son concurrent (pour l'instant, je miserais sur Jeb Bush). Sa principale difficulté sera d'incarner l'avenir auprès des Américains. Si elle y arrive, tout sera possible.



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