couverture du livre : Duel pour un roi. Mme de Montespan contre Mme de Maintenon


Genre : Essais historiques
Parution : 18 septembre 2014
PRIX public TTC : 20,90 €
Nombre de pages : 336 pages
ISBN : 9791021006737
Droits à l'étranger : Disponible

«Les deux Françoise - Duel pour un roi»

Agnès WALCH

Article dans La Croix le 19/11/2014


L’Histoire, qui se méfie souvent des femmes proches du pouvoir, les avait malmenées, laissant libre cours pour elles à des clichés réducteurs ou des rumeurs non fondées. Longtemps le nom de la marquise de Montespan (1640-1707) fut – très certainement à tort – lié à l’«affaire des poisons», à des récits terrifiants de meurtres d’enfants volés, à des cérémonies profanatoires destinées à lui ramener l’amour de Louis XIV. Tandis que l’image de Madame de Maintenon (1635-1717) était celle de la «veuve Scarron», bigote rechignée, parvenant par d’autres manigances tout aussi mystérieuses à se faire épouser par ce même roi. Grâce aux méthodes et aux outils de travail des chercheurs d’aujourd’hui, Agnès Walch est partie sur leurs traces.

Dessinant des biographies croisées et captant la complexité des «deux Françoise», faisant respirer l’air de ces années-là, elle est parvenue au plus difficile : l’histoire des sentiments. Poitevines l’une et l’autre, tout opposait pourtant Françoise de Mortemart, née dans une famille riche qui se croyait supérieure aux Bourbons, et Françoise d’Aubigné, appartenant à une lignée noble et protestante – Agrippa d’Aubigné était son grand-père – mais ruinée par son père, aventurier sans scrupule et assassin. 

La première eut une enfance heureuse, reçut une éducation brillante, fit à 20 ans une entrée remarquée à la Cour et épousa en 1663 le marquis de Montespan. La seconde souffrit de la pauvreté, d’un manque d’amour maternel, et éprouva sans doute très tôt le besoin d’une revanche sociale qu’elle obtint par son mariage en 1652 avec Paul Scarron, de vingt-cinq ans plus âgé. Paralysé par la poliomyélite, souffrant atrocement d’un rhumatisme tuberculeux, ce poète plein d’esprit savait se moquer de son infirmité.

Françoise d’Aubigné devait trouver auprès de lui, jusqu’à sa mort en 1660, la stabilité, le statut social, et même la formation de l’esprit auxquels elle aspirait. Il lui enseigne le latin, l’espagnol, l’italien, l’art de la conversation, et leur salon, rue Neuve-Saint-Louis, est un des plus en vue de Paris. C’est à l’hôtel d’Albret, en 1663 sans doute, que les deux femmes se rencontrent dans l’effervescence intellectuelle suscitée par le souvenir des luttes de la Fronde, les débats de la Préciosité, les controverses religieuses. 

Une terre commune – la littérature, la culture, le savoir, les subtilités de la langue – va provoquer en elles une sympathie, une curiosité, une fascination réciproques. Elles se voient de plus en plus souvent et deviennent amies. Déçue finalement par son mariage, Mme de Montespan progresse à la Cour et devient, non sans avoir beaucoup hésité, la maîtresse en titre du Roi auquel, bien que peu maternelle, elle va donner sept enfants. Elle en confie l’éducation à Françoise Scarron qui trouve certainement dans cette mission ce qu’elle cherchait depuis l’enfance. 

Par la sollicitude qu’elle leur témoigne, elle conquiert l’amour de Louis XIV, un amour à l’opposé des passions royales de naguère. Il lui donne le nom de Mme de Maintenon et l’épouse secrètement en 1683. Entre elles, la relation d’amitié se transforme en combat sans merci. «C’est une aigreur, c’est une antipathie, c’est du blanc, c’est du noir», écrit à leur propos Mme de Sévigné. Délaissée, Françoise de Montespan meurt seule, oubliée de beaucoup, mais pas de Françoise de Maintenon qui, en apprenant sa disparition, se trouve prise d’un grand malaise. 

Elle lui survivra, survivra aussi au roi qui meurt en 1715. Tout se passe pourtant comme si, avec la mort de sa rivale, elle perdait un des axes de son existence, une de ses raisons de vivre : ces deux femmes s’étaient construites à travers une relation d’admiration et d’amitié, puis dans la jalousie et la haine, plus solides peut-être en elles que l’amour. Et, à travers ces deux portraits, Agnès Walch cerne aussi la personnalité énigmatique de Louis XIV, secret, pudique, ayant souffert lui aussi depuis l’enfance d’un manque d’affection des siens.

 

Francine de Martinoir

 

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