couverture du livre : Comprendre le génocide des arméniens. 1915 à nos jours


Genre : Essais historiques
Parution : 12 mars 2015
PRIX public TTC : 21,50 €
Nombre de pages : 496
ISBN : 9791021006751
Droits à l'étranger : Disponible

«Analyse d'un génocide»

COLLECTIF

Charlie Hebdo, 15/04/2015


De 1915 à 1916, sur les vastes territoires de l'Empire ottoman, d'Istanbul aux déserts de Syrie, le pouvoir turc, aux mains d'un triumvirat dominé par Talaat Pacha, planifie l'extermination de la population arménienne, sur fond de propagande nationaliste et de fanatisme antichrétien : rafles et assassinats des élites citadines ; exécution méthodique des 120 000 Arméniens alors mobilisés par l'armée; déportation effroyable de centaines de milliers de campagnards ; élimination des survivants dans des sites-abattoirs ou des camps de concentration à coups de bastonnades sanglantes, de noyades collectives, d'assassinats à la hache ; viol et asservissement des femmes, etc. À la fin de la guerre, la communauté arménienne ottomane est réduite des deux tiers, avec près de 1,3 million de victimes.

 

Le crime est sans précédent. Dès août 1915, un diplomate allemand évoque « l'anéantissement violent de tout un peuple », tandis que le consul américain à Alep parle d'un «plan soigneusement mis au point, visant à l'anéantissement complet de la race arménienne». La notion n'existe pas encore, mais c'est bien un génocide, le premier de l'ère moderne, qui se déroule sous les yeux d'un Occident effaré, mais largement passif, voire complice.

 

Œuvre de trois spécialistes ayant joint leurs compétences, Comprendre le génocide des Arméniens retrace cette histoire à la lumière des sources et des savoirs les plus récents. Son grand mérite est d'offrir une analyse limpide des fondements idéologiques et institutionnels de « 1915 ». La comparaison entre la « solution définitive du problème arménien » (selon la formule de Talaat) et la « solution finale de la question juive » par les nazis, finement établie, est d'une évidence qui saute aux yeux. La théorie de l'ennemi est la même : les Arméniens comme les Juifs sont accusés d'être des exploiteurs et des traîtres à la nation. Les imaginaires politiques d'un Hitler et d'un Talaat sont étonnamment proches : un nationalisme organique imprégné de darwinisme social et autorisant les pires entreprises meurtrières au nom de l'utopie d'une communauté purifiée et rétablie dans son espace vital légendaire (le Reich de mille ans, le Touran). Les régimes politiques se ressemblent : comme l'État national-socialiste, l'État unioniste est une dictature à parti unique et à vocation totalitaire. Enfin, les modes opératoires

présentent bien des similitudes : ainsi le rôle de l'Organisation spéciale, préfiguration des Einsatzgruppen, composée de 12 000 meurtriers de masse recrutés dans les bas-fonds de la société. Au bout du compte, la singularité du génocide des Arméniens ne relève pas de la nature des atrocités commises, mais de leur déni. Il est le seul génocide non reconnu, non réparé, et la Turquie d'Erdogan se trouve dans une situation véritablement schizophrénique. Reconnaître « 1915», acte fondateur de la République turque, c'est admettre que celle-ci est née d'un crime. Or, concluent les auteurs, une telle reconnaissance est inséparable de la démocratisation du pays, et elle est donc, à terme, inévitable...



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