couverture du livre : Jean Zay - Le ministre assassiné


Genre : Beaux-livres
Parution : 7 mai 2015
PRIX public TTC : 24,90 €
Nombre de pages : 160
ISBN : 9791021010703
Droits à l'étranger : Disponible

«Jean Zay, de l'école au Panthéon»

Antoine PROST, Pascal ORY

Libération, 16/05/2015


Contre le projet de réforme du gouvernement socialiste, la droite se déchaîne : «Il faut défendre les humanités gréco-latines contre l'école unique totalitaire.» Une sortie de l'UMP ? Une saillie du Front national ? Une attaque d'Alain Finkielkraut contre Najat Vallaud-Belkacem ? Non. Nous sommes en 1937, et la droite sonne le tocsin contre la réforme scolaire... de Jean Zay. Ce même Jean Zay que la République, unanime ou presque, s'apprête à panthéoniser avec trois autres grandes figures de la Résistance, Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion.


Historiens chevronnés, l'un spécialiste de l'école, l'autre de l'Occupation, Antoine Prost et Pascal Ory ont retracé, de manière vivante et claire, la vie de celui qu'il faut bien appeler un martyr de la République. Il l'ont fait dans un livre complet, mi-texte mi-documents, qui retrace, par les mots et l'image, l'itinéraire météorique de ce surdoué de la politique, tête de turc de l'extrême droite, et père d'une réforme décisive pour l'école française.


Jean Zay est le fils d'un père juif, directeur d'un journal radical, et d'une mère institutrice et protestante. Il suit le parcours idéal d'un enfant de la République. Elève brillant de l'école publique, il obtient deux prix au concours général tout en se passionnant pour la politique dès l'adolescence. Il crée un journal au lycée, une revue littéraire, puis devient brièvement journaliste dans sa ville natale d'Orléans. Cultivé, amical et facile avec tous, il ouvre un cabinet d'avocat et gagne plusieurs procès difficiles qui le font connaître. C'est la politique qui le fascine : suivant les traces de son père, il s'inscrit au Parti radical. En 1932, le parti le présente dans une circonscription ingagnable. Son éloquence et son énergie font mentir les pronostics : il est député à 27 ans. En 1936, Léon Blum, qui vient de gagner les élections, cherche un jeune radical pour équilibrer son ministère. A 31 ans, Jean Zay est ministre de l'Education nationale.


Il est tout sauf spécialiste de l'école. Mais sa culture républicaine le guide, et les liens qu'il tisse rapidement avec les réformateurs et les pédagogues du milieu lui permettent de lancer une politique de réforme. Il se fonde sur deux idées qui sont encore aujourd'hui la base des controverses sur l'école : démocratiser le système éducatif en l'unifiant ; moderniser la pédagogie pour aller au-delà de la simple transmission du savoir, et faire de l'élève un citoyen capable de réfléchir par lui-même. Rien de neuf sous le soleil : comme aujourd'hui, mais sous une forme autrement virulente, ces deux ambitions provoquent une réaction hystérique à droite, doublée d'un déferlement de haine personnelle (nous sommes dans les années 30). Jean Zay cumule toutes les qualités qui mettent en rage l'extrême droite : il est juif, franc-maçon, radical, membre de la Ligue des droits de l'homme et ministre du Front populaire. Il a de plus écrit en 1924, au cours d'un jeu d'étudiants, un texte qu'il ne destinait pas à publication, dans la veine des militants pacifistes de l'après-guerre, où le drapeau français des militaristes est rendu responsable du massacre et qualifié de «torche-cul». Léon Daudet stigmatise l'action du «juif Torche Zay». Céline écrit que «sous le négrite juif Jean Zay, la Sorbonne n'est plus qu'un ghetto» avant de poursuivre par «je vous zay». Jouhandeau résume le tout : «Un Juif a entre les mains l'avenir vivant de ce pays : il peut en pétrir à sa guise, à sa mode, la matière et l'esprit. Tout dépend de sa volonté et, en effet, il vient de réformer l'enseignement.» Jusque-là, ce sont des mots. Mais la guerre montre ce qu'ils peuvent produire.


En 1939, Jean Zay démissionne de son poste de ministre pour rejoindre l'armée. En juin 1940, il est parmi les parlementaires qui veulent continuer le combat. Il s'embarque sur le Massilia pour rallier le Maroc. En dépit de ses états de service, il est arrêté et est accusé de désertion sur ordre de Vichy. Au terme d'un procès truqué, il est condamné à la prison à vie. Il reste détenu pendant toute la guerre à Riom (Puy-de-Dôme), préparant les réformes qu'il compte mettre en œuvre à la Libération. Mais le 20 juin 1944, sur ordre de Darnand, trois miliciens l'extraient de la prison et le tuent dans un bois. En 1945, Jean Zay est réhabilité, et son œuvre reconnue. Pourtant, aujourd'hui encore, son entrée au Panthéon fait grincer des dents à l'extrême droite et chez certains officiers, alors même que Jean Zay fut un modèle de patriote quand ses adversaires collaboraient avec l'ennemi. Pérennité de la haine...

 

http://www.liberation.fr/chroniques/2015/05/15/jean-zay-de-l-ecole-au-pantheon_1310074



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