couverture du livre : 5 % de vérité


Genre : Essais historiques
Parution : 27 février 2004
PRIX public TTC : 25 €
Nombre de pages : 544 pages
ISBN : 978-2-84734-129-3
Droits à l'étranger : Non Disponible

5 % de vérité

François-Xavier NÉRARD


À l’été 1928, alors qu’il s’apprête à engager le tournant de la collectivisation, Joseph Staline lance une vaste campagne d’autocritique. « Bien sûr, ajoute-t-il, nous ne pouvons exiger que la critique soit exacte à 100 %. Si la critique vient d’en bas, nous ne devons même pas négliger une critique qui ne serait exacte qu’à 5 ou 10 %. » Au nom de la lutte contre le bureaucratisme, les citoyens sont invités à adresser aux autorités leurs motifs de mécontentement. Leurs lettres, traitées par un organisme spécifique, le Bureau central des plaintes (RKI), paraîtront, pour les meilleures, dans la Pravda. La question de la dénonciation en URSS a longtemps été considérée sous le seul angle de la perversion morale, de la contamination d’une société tout entière impliquée dans un système de terreur. « Staline n’exige pas seulement la soumission, il lui faut aussi la complicité », note ainsi l’historien américain Robert Conquest. Cette vision, pour ne pas être inexacte, n’en demeure pas moins réductrice. C’est ignorer les deux sens du mot « dénonciation » : à la fois la révélation d’actes « répréhensibles » avec volonté de nuire, et l’expression d’une injustice ou d’une situation insupportable. La langue soviétique, d’ailleurs, préfère aux termes de « dénonciation » ou de « délation » celui de « signal ». Fondée sur les archives centrales et provinciales (Saratov, Nijni-Novgorod, Gorki...), cette étude analyse finement le fonctionnement du pouvoir stalinien. Les « signaux » informaient le pouvoir, « démasquaient » les ennemis supposés, mais plus encore, ils donnaient au mécontentement populaire une forme d’expression soigneusement canalisée et politiquement inoffensive. Interdit de grève ou d’opposition, le citoyen soviétique était encouragé à formuler ses critiques, à nommer les responsables des « abus ». Sa plainte avait toute chance de se perdre dans les méandres de la bureaucratie, mais la publication de lettres, outre qu’elle donnait l’illusion d’une liberté d’expression, renforçait l’image d’un État protecteur et omnipotent, attaché à corriger ses propres « dysfonctionnements ».

Ces lettres sont également des descriptions terribles, directes, de la vie quotidienne des Soviétiques, de la violence et de la pénurie. On y lira, bien sûr, des morceaux de délation abjecte : « A. Boris s’est fait embaucher comme médecin de la clinique de l’Université de Saratov. Ce n’est en fait qu’un médecin fictif. Pendant les cinq années qu’il est censé avoir passé à l’Université, il a joué sur les scènes des théâtres de la province. Et maintenant, on confie la vie des gens à ce médecincriminel. » Mais aussi des plaintes déchirantes : « Nous nous promenons en guenilles, à moitié dénudés, on se moque de nous, on dit que notre mère vole et qu’elle ne peut rien obtenir. Cessez de vous moquer de nous ! » Et surtout des attaques violentes, fruits d’une colère franche dont on devine qu’il fallut tout le poids de l’appareil répressif pour la contrôler : « Le camarade Staline... est une arme puissante entre les mains de nos ennemis. Cela veut dire que, à la tête du parti communiste, il y a peut-être, à l’insu de la population, le chef des éléments koulaks. Il me semble que tout citoyen consciencieux de notre Union, celui qui a porté sur ses épaules le poids de la Révolution ne laissera aucun Staline lui fermer la bouche...»



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